Titre de séjour commerçant : l’immigration par le travail autrement

Le titre de séjour commerçant n’est pas fréquent comparativement à celui prévu pour les étrangers salariés. Plusieurs raisons pourraient être avancées concernant le relatif manque d’intérêt pour ouvrir une entreprise en France. En premier lieu, la liste interminable de pièces à fournir à la préfecture n’est pas de nature à encourager un étranger à développer une activité commerciale en France. En second lieu, la méconnaissance de l’administration des rouages du monde de l’entreprise joue beaucoup. Même s’il faut reconnaître que des refus de délivrance stricto-sensu dans le cadre d’une première demande de titre de séjour commerçant sont assez rares.

C’est dommage car je rencontre beaucoup de clients qui seraient intéressés et qui disposent de compétences leur permettant de développer une activité économique commerciale. Mais quand il s’agit de choisir avec la procédure d’autorisation de travail à la DIRECCTE et son service de la main d’œuvre étrangère, nombreux sont ceux qui choisissent la voie du titre de séjour salarié.

La loi du 7 mars 2016 a pourtant essayé de favoriser le développement du titre de séjour commerçant. Il a changé d’article et est devenu l’article L313-10 3° du CESEDA. De plus, les personnes qui disposent d’un titre de séjour étudiant et qui terminent leurs études par l’obtention d’un master 1 ou 2 pourront désormais bénéficier d’une autorisation provisoire de séjour de 1 ans et ensuite faire un changement de statut étudiant à commerçant.

Avant la loi de 2016, cela était seulement possible pour ceux qui disposaient d’un contrat de travail et voulaient demander un titre de séjour salarié. Autre modification substantielle, ce n’est plus l’administration fiscale qui émet un avis favorable au projet mais la DIRECCTE ce qui modifie largement la procédure d’instruction du dossier. D’autant que la DIRECCTE est un service de la préfecture (Ministère de l’intérieur) alors que l’administration fiscale agit sous le contrôle du Ministre de l’économie.

Comment obtenir un titre de séjour commerçant ?

L’article L 313-10 3° pose trois conditions à la délivrance de la carte de séjour. Il faut en premier lieu qu’il s’agisse d’une activité non salariée donc cela exclut toutes les ressources qui pourraient provenir d’un contrat de travail. En second lieu, il faut que l’activité soit économiquement viable. En troisième et dernier lieu, elle doit permettre au ressortissant étranger d’en tirer des moyens d’existence suffisants.

La difficulté est donc de pouvoir prouver à l’administration qu’une activité commerciale peut être économiquement viable dés le départ ce qui n’est pas toujours le cas. En effet, il faut parfois plusieurs années pour qu’une entreprise dégage des bénéfices substantiels. Encore une fois le droit des étrangers est clairement fait pour ne pas faciliter les démarches. Toutefois, une circulaire est venue préciser aux préfectures qu’il fallait faire une application souple de ce critère pour le cas où l’activité commerciale n’existerait pas auparavant.

La troisième condition est évidemment celle qui permet à l’administration de refuser un renouvellement du titre de séjour si les moyens ne sont pas suffisants. De manière particulièrement draconienne, il est ainsi imposé un résultat économique sous peine de ne plus pouvoir continuer à disposer d’un titre de séjour. C’est presque la même chose pour les étudiants qui ont l’obligation de réussir leurs années d’études à chaque reprise.

Dans la décision ci-dessous, il s’agit d’une ressortissante algérienne n’avait pu bénéficier du renouvellement de son titre en qualité d’interprète (il s’agit de l’application de l’article 6 – 1 de l’accord franco-algérien mais en droit de la preuve, cela revient à démontrer la réalité des moyens d’existences au Tribunal administratif).

titre de séjour commerçant

Ici, le Tribunal a retenu que ma cliente, qui outre son activité qui justifiait de peu de revenus, a quand même réussi à se constituer une épargne substantielle qui lui permet d’avoir des moyens d’existences.

C’est extrêmement subtil car même si l’activité n’est pas forcément économiquement viable, elle a pu se constituer des ressources par d’autres moyens et précédemment à la demande de renouvellement de son titre de séjour commerçant.

Ainsi le Tribunal a annulé la décision du Préfet du Rhône.

Pour ceux qui souhaiterait obtenir le titre de séjour commerçant, il faut donc agir de manière prudente dés la première demande mais également lors du renouvellement.